Pulse Code Modulation

Pong 06

Pour ses débuts, The Crab s’est laissé flotter sur de lourdes boucles hypnotiques jusqu’à rencontrer Pulse Code Modulation, un producteur de techno basé à Marseille.

Actif depuis le milieu des années 90, il a d’abord réalisé quelques tracks sur des compilations avant de sortir un premier album sur le catalogue français Megaphone Records. Il a ensuite fondé son propre label, Pong Music, qui compte aujourd’hui une dizaine de maxis de PCM. Ouvertement influencé par la techno de Detroit et les pionniers européens que sont Autechre, Coil ou Basic Channel, PCM développe une musique atmosphérique oscillant entre ambiant, deep et dub techno.

The pulse code modulation, ou la modulation par impulsion, désigne la première phase de la numérisation d’un signal électrique analogique . Aujourd’hui, ce pseudo illustre bien la passion de ce producteur qui compose sans clivage entre outils numériques et analogiques. S’il s’est mis depuis quelques années à la production par ordinateur, PCM est avant tout un aficionado du vinyle et des machines ; synthés, boites à rythmes et autres contrôleurs midi occupent toujours de l’espace dans son studio.

L’interview qui suit est l’occasion d’en apprendre plus sur ce « briscard » de la dance music; on a parlé avec lui de ses influences, du marché du disque, de la méditerranée, de son regard sur la techno contemporaine, des drogues de synthèse, et bien d’autres choses. Il nous a même gratifiés d’un podcast dans lequel viennent se mêler techno, rêveries électroniques et…rock’n roll. The Crab remercie chaleureusement PCM, c’est un grand honneur de commencer ce blog avec lui.

 

Comment est-ce que tu as vu ta musique évoluer ?

Je me pose rarement des questions sur mon travail…J’ai tendance à créer sans me soucier des modes et des évolutions. Mais comme tu me poses la question, je veux bien y réfléchir.

Je ne vis pas de la musique et ne cherche pas à en vivre, du coup je ne subis aucune pression. Je compose sous ce pseudo depuis maintenant plus de 20 ans. Ma première sortie date de 95 sur une compilation et mes dernières releases sonnent plutôt intemporelles, car je suis assez resté sur un schéma techno à l’ancienne. Je suis passé d’une forme de techno-ambient à une deep techno tournant autour du dub, avec des références évidentes à la musique industrielle qui a bercé ma jeunesse.

Au milieu des années 2000, j’ai fait une pause musicale, car je ne trouvais pas ou plus ma place dans cette surproduction minimale et la fin du cycle disco filtré. La seule solution était d’arrêter de composer et d’attendre que l’envie revienne simplement. Puis je m’y suis remis, quand j’ai compris que le plus important c’est de s’amuser, d’être satisfait de son travail et tant pis pour les modes. Du moment que tu as un feedback positif…Let’s rock !

Je dirais que ma musique n’a pas évolué, c’est plus mes envies qui ont changé, mes goûts se sont affirmés et mes racines sont assumées. Les outils de maintenant permettent des combinaisons presque infinies, alors qu’avant je pouvais passer des heures à explorer telle ou telle machine pour obtenir un résultat précis. J’avoue que de plus en plus j’envisage de me resservir de mes vieux synthés et de travailler à l’ancienne, car j’ai l’impression que tout le monde veut faire de la techno, et qu’avec la prédominance des softs tout le monde sonne pro, mais sans le talent. Les harmoniques, les effets, les mélodies cela semble inconnu des jeunes producteurs.

Selon toi, est-ce qu’il est important de sortir souvent en club lorsqu’on joue et produit de la dance music?

C’est pas à moi qu’il faut dire ça…Je ne sors plus ou qu’à de très rares occasions, notamment pour soutenir des amis qui mixent ou quand un artiste que j’aime bien fait un live. J’ai travaillé pendant de très nombreuses années dans le milieu de la musique électronique sur Paris, j’ai pu profiter de cet univers sans prendre aucune substance…Et j’ai vraiment apprécié la musique dans un mode pas du tout «let’s make a party ». Je constate en allant chez tel ou tel disquaire en France ou ailleurs, qu’il y a vraiment les « intellos » qui consomment de la musique par plaisir, et les autres qui sont des party-addicts. Les drogues de synthèses n’apportent rien de sexy, mais j’imagine qu’elles permettent de tenir le choc…C’est bien pour ça qu’on peut constater un retour d’une techno assez mentale et froide en parallèle avec un grand retour des drogues chimiques.

Comment est-ce qu’internet a affecté ton rapport à la musique ?

Affecté …hmm je ne dirais pas ça, même si il y a des aspects négatifs. Notamment quand tu sors encore du vinyl, comme c’est mon cas via mon label et que tu retrouves deux jours après la sortie d’un de tes maxis les morceaux disponibles en MP3 (compressés au marteau pillon) sur des sites d’Europe de l’Est. Cela devient du coup difficile de pouvoir ne serait-ce que rentrer dans tes frais. Mais aussi, la toile te permet d’être en contact avec les gens qui te suivent, de découvrir des artistes ayant les mêmes sensibilités et de pouvoir aussi diffuser à un maximum d’individus.

Je suis plutôt un nerd donc l’internet a vraiment changé ma vie pour la musique, mais aussi pour le reste. L’économie, la culture, l’information, la communication etc. ont du se réinventer.

D’une certaine manière après l’éclatement du réseau dans les années 2000, de nombreux labels ont du mettre la clef sous la porte, car le digital a bouleversé les ventes sur support. La gueule de bois passée, j’ai l’impression que les disques qui circulent sont meilleurs et que la qualité est plus au rendez-vous. Bien obligé de produire un morceau qui tienne la route si tu veux sortir du vinyl, car cela coûte cher et reste très peu rentable.

Tes références sont plus à chercher du coté de Detroit, d’Allemagne et d’Angleterre, mais est-ce que tu saurais citer des éléments de ton environnement qui ont eu une influence directe sur toi?

Mon quotidien tout simplement. Dès que je me lève, j’observe et cela doit forcément jouer. Malheureusement les images aussi…Je suis un grand consommateur d’image : télé, internet, cinéma… et le pire côtoie le meilleur. J’ai une grande passion pour la contre-culture, qui fut très présente dans mes jeunes années, cela fait partie de mon ADN. Toutes les dérives me fascinent d’une certaine manière; sectaire, religieuse, les illuminés, le fascisme, le totalitarisme, les exorcistes, l’occultisme, Anton Lavey, Crowley… en général cela me fait marrer au 20ème degré.

Le cinéma est aussi une grande influence. Je suis un passionné de Kubrick, Carpenter, Lynch et de Cronenberg. Si 2001 reste pour moi le chef d’oeuvre ultime du cinéma -grâce au génie de Clarke notamment- qui a su mêler musique et métaphysique. Je suis aussi ouvert sur les séries comme Dexter, Six feet under, Sons of Anarchy ou même Shameless. Après coté musique, je m’informe beaucoup mais écoute au final très peu de techno ou de musique électronique. La soul, le funk, le jazz, l’indus et l’ambient font plus partie de l’ambiance musicale qui m’accompagne au quotidien. J’aime bien l’idée de se détacher de toute musique similaire à la mienne…Peut-être la crainte d’être trop influencé. J’avoue que le travail de Moritz von Oswald et Mark Ernestus m’a marqué à vie comme celui de Coil, Lustmord et Autechre. Je connais leurs discographies par cœur et je ne pourrais jamais renier que sans eux mon son ne serait pas ce qu’il est. Au delà de ça, et sans parler d’éléments à proprement dit, mon environnement privé et personnel est certainement le moteur de tout ça. Mes amis, mes proches, ma compagne sont les pilliers de ma vie. Sans eux, je ne pourrais pas faire de la musique tout seul dans mon coin…Et bien entendu les mails que je reçois et ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux sont importants.

Est-ce qu’il y a des projets -artistiques ou non- qui attirent ton attention dans la région Méditerranéenne ?

C’est une excellente question…Le bassin Méditerranéen est le berceau de notre civilisation et le sera toujours, n’en déplaise à ceux qui ont des problèmes avec la colorimétrie et les pigments de la peau. En vivant dans une ville multiculturelle, qui de plus est un port, comme Marseille, il est difficile de ne pas accepter les traditions des uns et des autres. Le MuCEM était un beau projet par exemple, mais qui a pris rapidement le tournant musée d’art contemporain. Je ne critique pas le lieu qui est une réussite, mais sa programmation semble avoir bifurqué de son projet initial.

Après il y a aussi l’Union pour la Méditerranée qui est encore vague, même s’il s’agît d’un bon début pour une paix durable au Proche Orient. La France joue un peu le rôle d’arbitre, c’est touchant et à la fois énervant, comme si nos amis du Maghreb étaient incompétents. Tendre la main est la moindre des choses pour nous qui avons tant épuisé les ressources de nos anciennes colonies. Mais sincèrement je crois que malgré tous les efforts, les guerres éthniques et de religions existent depuis des siècles et prennent le dessus, et seront toujours là après notre mort.

Je me sens plus européen, ce sentiment est bien ancré en moi. La tournure économique prédomine, mais l’idée de base culturelle reste une belle utopie…qui je l’espère poursuivra son chemin. La seule idée de retour à un protectionnisme d’Etat me fait flipper.

En termes de musique quels sont tes plans pour le futur? Est-ce que tu prévois de produire d’autres artistes sur ton label Pong Music ?

Les dernièrs morceaux datent de l’été dernier et furent diffusés sur Morpheus, le sous label de Matrix de Sean Deason, à Detroit. C’est ma première sortie sur un autre label depuis très longtemps, Sean Deason avait bien accroché sur mes sorties précédentes et il m’a proposé tout de suite de lui faire des morceaux. J’avoue que depuis, j’ai pris un peu de recul et me suis concentré sur les lives, car c’est un excellent moyen de retravailler les morceaux et de gonfler tout ça pour le dancefloor.

Donc j’envisage de plus tourner. Mais je n’arrête pas de composer, contrairement à d’autres stakhanovistes du studio, je suis plutôt lent…je peaufine très longtemps les morceaux et effets. La prochaine sortie est dans les tuyaux et sortira en digital sur Itunes et Bandcamp seulement pour la première fois, question de coût. Mais je ne délaisse pas le vinyl, car l’objet possède une aura particulière. Je souhaite ouvrir le label à d’autres depuis quelques temps, et j’ai plusieurs projets en cours…dont une compilation. J’ai contacté plusieurs artistes dont je me sens familier où avec qui j’ai pu tisser des liens pour ce projet qui sortira en vinyl avant la fin de l’année.

Plus d’infos sur les pages fb Pulse Code Modulation et Pong Music.

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