My Cat Is An Alien

(Aprés une pause estivale) The Crab revient dans une des zones les plus célestes de la région Méditerranéenne. Rencontre avec le duo italien My Cat Is An Alien qui nous emmène en voyage dans sa discographie.

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Maurizio et Roberto Opalio viennent de Turin et font de la musique ensemble depuis près de 20 ans. En marge de la scène artistique locale, les deux frères ont l’habitude de passer du temps perchés dans les montagnes à explorer l’espace à travers le prisme de la musique expérimentale. La manière dont My Cat Is An Alien conçoit la musique se matérialise en une discographie astronomique: environ 150 sorties jusqu’à aujourd’hui.

Les deux frères voient plus loin que les disques et s’expriment à travers différents médiums et formes artistiques; considérant leur art comme une déclaration spirituelle au milieu de la période dans laquelle nous vivons. La musique de My Cat Is An Alien nous plonge dans quelque chose d’organique et d’introspectif et leurs performances live ont un aspect chamanique. Au printemps dernier The Crab était au live audiovisuel qu’ils présentaient avec Jean-Marc Monterra à Montevideo à Marseille. Les trois musiciens jouaient et se déplaçaient autour de leurs mystérieux instruments auto-construits comme s’ils manipulaient de l’énergie, pour créer des décors ambiants profonds, à base de cordes, de voix aériennes, de nappes synthétiques, de sonorités cosmiques et subaquatiques.

Pour le mix qu’ils nous offrent Roberto et Maurizio ont pioché dans leurs travaux de ces dernières années afin de construire quelque chose qui pourrait représenter la complexité et la variété de son de MCIAA.

« On a utilisé des joyaux qui sont très importants dans le développement de MCIAA, qui représentent tous les éléments qui convergent dans notre musique (de l’électronique à l’acoustique, du noise à l’ambient, des choses plus lyriques à la totale explosion), pour finir avec une bande originale qu’on a créée pour un des films de Roberto. C’est une pièce d’une heure dans laquelle on peut avoir une vision ciblée et assez large de la musique de MCIAA ».

Le premier morceau est une première de leur prochain album ”The Dance of Oneirism”.

On peut s’y laisser flotter en découvrant les perspectives de ces deux poètes sur leur musique, les Alpes et la Méditerranée, parmi d’autres sujets.

Est-ce que vous pouvez présenter vos projets en cours dans vos propres mots?

Roberto – Notre projet est une mission ontologique et existentialiste nommée My Cat Is An Alien (MCIAA). C’est notre raison d’être, un projet musical que mon frère Maurizio et moi avons commencé en 1998. Mais MCIAA n’est pas qu’une affaire musicale. MCIAA est d’abord un concept. Comme une spirale d’énergie cosmique, ça nous emmène dans toutes les formes visuelles d’expression artistique. Peut-être même que le mot «projet» n’est pas la définition la plus appropriée, MCIAA est en fait notre « choix », sans qu’il n’y ai de façon d’en sortir. Ce que nous faisons est une déclaration radicale, intellectuelle et philosophique, très poétique, contre la période creuse et noire que nous sommes tous en train de vivre – le nouvel age sombre en fait. C’est un « acte de beauté » révolutionnaire offert à la race humaine ; parce que les gens en ont besoin, même si – et surtout lorsque – ils ne savent pas qu’ils en ont besoin.

Dans les scènes musicales et artistiques expérimentales on nous appelle des outsiders – ce qui est vrai! On nous considère aussi comme des «chamanes» du nouveau millénaire en référence aux performances live de MCIAA qui sont de vrais rituels qui composent avec les concepts de temps et d’espace, de vie et de mort. On construit un pont entre le cri primordial et archaïque du premier être humain vivant sur terre et la paix éternelle de la dimension des Sphères.

Le but de MCIAA est de questionner les concepts d’art et de musique contemporains en eux-même, d’en renverser les règles et les principes. C’est une responsabilité surhumaine et des efforts créatifs, poétiques, esthétiques et philosophiques qui n’ont pas d’égaux de nos jours. C’est ce pourquoi MCIAA est tant respecté mondialement, même si c’est souvent plus par admiration que par une réelle compréhension de notre art. MCIAA est principalement un projet musical, tout en étant complètement connecté avec les disciplines artistiques les plus diverses – la peinture, le dessin, la photographie,”the cinematric poetry” des films et des vidéos, l’installation, l’écriture et la poésie – jusqu’à former une seule entité intermédias. MCIAA est un univers non fini en expansion constante qui inclut les formes d’expression artistique les plus avancées et les plus radicales, encore largement méconnues. Une forme d’art complètement « alien » en fait !

De toutes façons, c’est pas grave si tout le monde n’est pas encore prêt à comprendre notre art et notre musique, on continuera dans tous les cas à faire ce que l’on fait. Peut-être que MCIAA sera redécouvert dans 40 ou 50 ans, après que nous ayons quitté cette terre, et peut-être qu’il sera complètement compris à ce moment là. N’était-ce pas le sort réservé à Sun Ra et Harry Partch ?

Est-ce que vous vous rappelez de la première fois où vous avez joué de la musique ensemble?

Roberto – Lorsque Maurizio a enregistré le premier et mystérieux CD-R homonyme sous le pseudo « My Cat Is An Alien », j’ai seulement participé à la sélection des tracks et – plus important encore– à créer le nom du groupe et le logo du «chat alien ». A cette époque je fesais beaucoup de peinture et de photo. J’étais aussi un grand amoureux de musique sans avoir jamais envisagé d’en faire moi-même. Un jour on était tous les deux au sous-sol et mon frère m’a incité à ajouter de nouveaux sons à la musique qu’il était en train de faire…Pour la toute première fois j’ai attrapé une guitare électrique, une paire de pédales à effets, et surtout, un pistolet-jouet de l’espace que j’avais gardé de mon enfance (j’ai une collection avec des centaines de jouets de l’espace). Et là destinée de MCIAA s’est accomplie : je veux parler du rituel magique qui a donné naissance à une entité musicale unique, avec un vocabulaire qui lui est propre, « alien », parce qu’elle sonne comme rien d’autre sur cette planète. Notre première sortie a été la « pierre philosophale » : ce bloc de ciment et d’acier titré « Landscapes Of An Electric City » (1999) qui a supprimé les concept de temps et d’espace à jamais, qu’on considère comme le premier album officiel de MCIAA, forgé à Turin et dédié à Turin – notre ville.

Vous avez une discographie assez massive et votre musique est basée sur de l’improvisation ; vous parlez souvent d’une approche ontologique et non-finie. Je me demande quand est-ce que vous décidez d’enregistrer une session d’improvisation pour ensuite la sortir ?

Roberto – Merci de poser la question, ça peut-être utile pour éclairer un peu la nature de notre discographie : c’est vrai, les gens se sentent souvent pétrifiés par la grande quantité de disques qu’on a sorti, et on va vous montrer en quoi cela est une mauvaise approche de notre musique. On ne dément pas avoir diffusé une certaine quantité de notre travail à travers le monde (environ 150 sorties de MCIAA, sans parler des projets qu’on a coté et de nos projets solos). On l’a fait au nom d’une certaine idée de la musique, comme une vrai auto-régénération ontologique du but et de la raison de la création. En d’autres mots, notre musique représente l’antithèse de l’approche « documentaire », typique d’un certain genre de la scène de la musique improvisée, qui prive l’art de son propre sens et de son « existence sémantique ». C’est pour ça qu’on appel notre processus de création« composition instantanée »: c’est clair qu’on parle de vrais compositions, avec un début/un développement/une fin ; leur particularité étant d’être instantanément générées au moment de leur création, au lieux d’être préalablement définies ou pré-déterminées. Ce processus de composition tend à suivre les traces chamaniques du rituel archaïque, passant à travers les barrières du temps et de l’espace qui l’entourent pour créer ses propres « tables of knowledge ».

“Chacun de nos disques est autant nécessaire à l’humanité que l’air qu’on respire tous”

En tant que MCIAA on enregistre toutes nos créations, et ensuite on décide si c’est nécessaire ou non de les publier, si elles peuvent apporter une pièce essentiel au puzzle de ce que l’on a déjà sorti, tout en emmenant la musique contemporaine encore plus loin. Ainsi, dans la perspective d’emmener la musique plus loin, vers de nouveaux territoires encore inexplorés, chaque sortie est essentielle. Plus encore, chaque disque est autant nécessaire à l’humanité que l’air qu’on respire tous, parce qu’il est fait d’une manière pure et vitale. C’est pour ça que les gens ne doivent pas se sentir effrayés ou perdus devant la discographie de MCIAA : ils doivent juste faire un premier pas dans cet univers, sans préjugés, en choisissant un disque au hasard, en étant conscient que peu importe l’album de MCIAA qu’ils choisiront changera de toute façon leur vie à jamais. Tout ce que nous faisons est une pure larme d’infinité.

Vous vivez la plupart du temps dans les Alpes je crois, vous êtes souvent en voyage pour jouer à travers le monde, et vous êtes fascinés par l’espace. Quels genres d’expériences ont le plus d’influence sur votre esprit et sur votre art ?

Maurizio – Oui tu as raison, on passe la plupart du temps dans un endroit très particulier perché dans l’Ouest des Alpes, où l’on crée presque toute notre musique. Certains de nos ancêtres y vivent…pour nous c’est l’endroit du « mythe », comme si on ne faisait plus qu’un avec le flux de l’éternité. Pour toutes ces raisons, et pour d’autres encore, nous avons décidé de garder cet endroit totalement « secret » du reste du monde.

Oui, on voyage souvent pour jouer à travers le monde, parce qu’on pense que les gens ont parfois besoin d’être directement connectés avec MCIAA à travers nos performances live audiovisuelles. A chaque fois que l’on joue on donne naissance à un rituel magique, chamanique, qui s’infiltre et qui a des répercussions sur le corps et l’esprit du public. On parle d’arcane, de forces et d’énergies primordiales, et ceux qui assistent aux lives de MCIAA en font partie.

Et oui, on est fascinés par l’espace, mais dans notre corps de travail nous considérons l’élément « espace » tout aussi important que l’élément « temps », les deux étant toujours strictement connectés. Les expériences qui touchent le plus notre esprit et notre art sont des instants extatiques de pure poésie qui ne peuvent être exprimés en aucune manière avec des mots. On est sûr que vous comprendrez ça.

Vous semblez être attachés à l’héritage musical des Alpes de l’Ouest, est-ce que vous pouvez nous parler un peu de la “tradition rurale de votre région”?

Maurizio – Notre région alpine a une longue histoire d’échanges entre les gens qui vivent des différents cotés de la montagne et des frontières ; qui parlent souvent des langues différentes, qui appartiennent à plusieurs groupes ethniques, chacun avec sa propre identité culturelle et sa religion. Même avant les Romains, les gens qui vivaient dans nos vallées ont vécu le passage des armées. Et souvent même les villages les plus hauts n’ont pu échapper à la furie des ravages des Sarrasins, tout comme aux épidémies qui se propageaient depuis les grandes villes et les villages dans les plaines – au XIXème siècle certains villages ont été décimés par ces fléaux.

Et bien sûr depuis le début du XXème siècle, les technologies modernes exploitent les ressources naturelles, transformant le territoire mais aussi la mentalité des gens d’une certaine manière. Mais malgré tout ça chaque petite ville possède toujours son héritage et en prend soin, avec les festivités sacrées, le saint patron. Il existait un job d’été très particulier près d’ici entre le XIXème et le XXème siècle : à minuit quelques douzaines de « montagnards » très maigres quittaient leurs humbles demeures pour monter jusqu’au sommet de la montagne et atteindre, à l’aube, un glacier perché a 3100m d’altitude. Là haut, ils découpaient littéralement des blocs de glace d’environ 300kg, les attachaient à une luge en bois pour qu’ils descendent la pente raide inclinée souvent à 60° degrès, pour ensuite les mettre dans le train qui partait tôt pour un long trajet en direction de Turin ou Milan – comme ça, tous les bars et cafés pouvaient servir des glaces et des boissons fraîches!

En tout cas, nous ne sommes pas attachés à l’héritage musical de ce territoire comme tu le disais. La musique qu’on fait à des racines et des origines beaucoup plus lointaines qui ne peuvent être comparées à aucun endroit sur terre. Quand on a emménagé dans les Alpes de l’Ouest on a senti une connexion encore plus forte entre l’archaïque et le future. En tout cas, les Alpes de l’Ouest ont une autre sorte d’influence. On a vu des vieux hommes – qui ne sont pas des musiciens professionnels – fabriquer à la main des instruments à corde traditionnels pour leur simple plaisir. Ca m’a donné l’idée d’inventer de nouveaux instruments à corde et en bois, juste avec mes mains. Chacun d’entre eux est un instrument à « cordes étranges » avec ses propres règles, une forme particulière, des accords bizarres, et je suis le seul à pouvoir en jouer.

Qu’est-ce qu’évoque le mot “Méditerranée” dans la tête de deux frères venant d’une autre dimension?

Maurizio – Question difficile! On ne peut pas nier le fait qu’on associe un peu le mot «Méditerranée» au mot «maison». Mais en même temps on se sent complètement étrangers et déconnectés de la myriade des civilisations que ce terme englobe.

“Le bassin méditerranéen ressemble à la cour dans « Fenêtre sur Cour» d’Alfred Hitchcock”

Il y a peut-être une bonne référence cinématographique qui illustre notre sentiment par rapport à ça. Le bassin méditerranéen ressemble à la cour dans « Fenêtre sur Cour» d’Alfred Hitchcock: un espace à premier vue calme, délimité, qui fait face une rue agitée (comme si cette cour était entourée par un monde inconnu); avec des gens de toutes sortes qui vivent dans les appartements, et malgré le fait que ces voisins partagent un espace commun, ils se connaissent à peine les uns et les autres (où s’ignorent) ; et le calme de l’appartement révèle parfois des drames, des cruautés ou même des crimes cachés. Et en tant que MCIAA, parfois en rentrant à la « maison » on se sent un peu comme James Stewart dans ce film:on se sent seulement témoin de cette « injustice intellectuelle » qu’on combat à travers notre art, et on espère que quelqu’un nous croira avant qu’il ne soit trop tard.

Quelle est la suite pour My Cat Is An Alien?

Roberto – Pendant toutes ces années passées on a eu plusieurs contacts et collaboré avec les musiciens et les artistes visuels qu’on apprécie le plus. On vient juste de commencer un projet collaboratif avec l’exceptionnel guitariste français Jean-Marc Montera, ce trio s’appelle MCIAA-JMM. Et on a en a un autre avec Eerle, la chanteuse de Talweg et de La Morte Young ; c’est la nouvelle voix la plus excitante tout droit sortie du ventre de l’underground français.

En termes des sorties à venir, le nouvel album de MCIAA, « The Dance Of Oneirism », sortira le 30 Septembre. Ce sera un double album sur vinyle coloré , avec une face D sérigraphiée en quatre couleurs différentes. C’est un vrai travail audiovisuel puisqu’il contient aussi une de mes art-card poétique et surtout un art-book de 30x30cm (qui est aussi disponible séparément du disque); c’est un livre de photos avec une séquence de diapositives que j’ai prises depuis mon balcon à Turin en Octobre 2000. On a trouvé que c’était la parfaite réflexion visuelle de « The Dance Of Oneirism » quand on était en train de finaliser l’album. Cet album représente un nouvel MCIAA, essentiel, et une étape vers l’avant excitante. Certains des critiques musicaux les plus connus, qui ont écouté l’album à l’avance, l’ont déjà défini comme un travail révolutionnaire, et David Keenan – dans sa préface prolongée qui accompagne le disque – a écrit que c’était « le plus génial des travaux de longue forme de MCIAA ». D’un point de vue musical, le nouvel élément qui caractérise tout le travail est l’introduction de beats électroniques un peu trance et de rythmes dans une structure qui efface tous les concept déjà explorés dans l’histoire de la musique expérimentale, de Charley Patton à Schoenberg, directement vers le futur.

Plus d’infos sur le site et le tumblr des My Cat Is An Alien.

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